dimanche 5 février 2012






La nuit avant le rêve
More pre nego usnim


Le monde disparaît lentement. Ils regardent tous
le temps trompeur sur le mur: ô allons!
Les frontières dans lesquelles nous vivons ne sont pas
les frontières dans lesquelles nous mourons.
Nuit âpre au corps mort,
mort est le coeur mais les profondeurs restent.
Cette nuit l’eau elle-même voudrait
se boire jusqu’à la lie et reposer.

Svet nestaje polako. Zagledani svi su
u lažljivo vreme na zidu: o hajdemo!
Granice u kojima živimo nisu
granice u kojima umiremo.
Opora noći mrtva tela,
mrtvo je srce al ostaju dubine.
Noćas bi voda samu sebe htela
da ispije do dna i da otpočine.

Voyage tant qu’il y a encore monde et savoir:
tu seras beau de poussière, tu connaîtras la cendre et l’éclat.
Rends-toi aveugle en allant ton chemin, mais sache:
faux est le soleil, vraie sa course.
Que les marchands naviguent à travers le temps, les oreilles bouchées de cire,
toi, ose écouter comment chantent les déserts,
tant que les fleurs pâles s’agenouillent devant la mer fermée et qu’il y a
en toi une force qui te déchire.

Putuj dok još ima sveta i saznanja:
bićeš lep od prašine, spoznaćeš prah i sjaj.
Oslepi svojim koračajući putem, al znaj:
lažno je sunce, istina je njegova putanja.
Nek trgovci vremenom plove sa voskom u ušima,
ti smelo slušaj kako pevaju pustinje,
dok kleče bele zvezde pred zatvorenim
morem i ima
u tebi snage koja te raspinje.

Vide, comme les astres sont petits!
Ton rêve sans corps, ta nuit sans nuit,
est une épithète de soleil pur, débordante de louanges.
Mais que je te vois est-ce mon pouvoir ou le tien?
Clôture diaphane que l’éclat a vaincu,
maudite transparence qui me remplit de peur,
ta fleur est le seul astre au-dessus de la ville,
ta vanité est d’or pur!

Praznino, kako su zvezde male!
Tvoj san bez tela, bez noći noć,
pridev je čistog sunca pun pohvale.
To što te vidim je l moja il tvoja moć?
Prozirna ogrado koju sjaj savlada,
pusta providnosti koje me strah hvata,
tvoj cvet je jedini zvezda iznad grada,
tvoja uzaludnost od čistoga zlata!

Le monde disparaît lentement, triste monde.
Qui aura enseveli notre coeur et nos os
là où la mémoire n’atteint pas, où le mouvement
ne nous multiplie pas, où les jours ne nous répètent pas!
Arrachez-moi la langue et mettez une fleur:
commence l’errance à travers la lumière. Assez de paroles!

Demain sans doute même les lâches pourront
ce qu’aujourd’hui ne peuvent que les audacieux et les vrais
qui, dans l’espace entre nous et la nuit,
ont trouvé les raisons inouïes d’un autre amour.

Svet nestaje polako, tužni svet.
Ko će naše srce i kosti da sahrani
tamo gde ne dopire pamćenje, pokret
gde nas ne umnožava i ne ponavljaju dani!
Iščupajte mi jezik i stavite cvet:
počinje lutanje kroz svetlost. Reči zaustavi!
Sutra će sigurno i kukavice moći
ono što danas mogu samo hrabri i pravi
koji su u prostoru između nas i noći
našli divne razloge drugačije ljubavi.

Le monde disparaît. Et nous croyons de toute notre violence
en une pensée que personne encore ne pense,
en un lieu vacant, en l’écume lorsque la mer se confond
avec le vide et s’annonce par un rugissement.

Svet nestaje. A mi verujemo svom žestinom
u misao koju još ne misli niko,
u prazno mesto, u penu kada s prazninom
pomeša se more i oglasi rikom.



Source : http://schabrieres.wordpress.com/2010/07/06/branko-miljkovic-la-nuit-avant-le-reve/





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Le Poète
Pesnik

Il connaît tous les chemins tous les vents,
les vents et leurs jardins,
les jardins où les mots croissent
et les chemins du mot jusqu’à l’espoir.

On poznaje sve puteve i vetrove,
vetrove i njihove vrtove,
vrtove u kojima rastu reči
i puteve od reči do nade.

Le chemin l’emporta sur la pente du monde,
l’emporta le diable parmi les mots,
pour qu’il fasse la cour à sa propre ombre,
pour qu’il chante dans le jardin chimérique:

Odnese ga put niz svet,
odnese ga đavo među reči,
da se udvara svojoj vlastitoj senci,
da peva u lažnom vrtu:

les fantaisies de son clair de lune magique,
la rose de chien et son dégoût,
pour qu’il aveugle le paysage même arraché de l’oeil d’autrui,
pour qu’il rende la nuit au nom de la tendresse.

trice i kučinu svoje čarobne mesečine,
pseću ružu i svoju gadljivost,
da oslepljuje predeo izvađen iz tuđeg oka,
da vrati noć u ime nežnosti.



Source : http://schabrieres.wordpress.com/2011/12/08/branko-miljkovic-le-poete/ 





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L'amour de la poésie
Ljubav poezije


J’aime le bonheur qui n’est pas heureux
Le poème qui réconcilie les poèmes fâchés
La liberté qui a ses esclaves
Et la lèvre qui s’achète pour un baiser
 
Ja volim sreću koja nije srećna,
pesmu koja miri zavađene reči
slobodu koja ima svoje robove
i usnu koja se kupuje za poljubac. 
 
J’aime le mot que deux images s’arrachent
Et l’image dessinée sur la paupière de l’intérieur
Les fleurs qui se querellent avec le temps
Au nom des fruits et de l’honneur printanier
 
Ja volim reč o koju se otimaju dve slike
i sliku nacrtanu na očnom kapku iznutra,
cvetove koji se prepiru sa vremenom
u ime budućih plodova i prolećne časti. 
 
J’aime tout ce qui se meut car tout ce qui se meut
Se meut selon les lois de l’immobilité et de la mort
J’aime toutes les vérités qui ne sont pas de rigueur
Car timide est la vérité vraie comme le parfum
 
Ja volim sve što se kreće,
jer sve što se kreće,
kreće se po zakonima mirovanja i smrti.
Volim sve istine koje nisu obavezne. 
 
J’aime les tendresses d’hier
Dire à mon corps “assez” et rêver des plantes
Des doigts des yeux de l’ouïe autrement disposés
Dans la forêt que dans le corps
 
Ja volim jučerašnje nežnosti,
da kažem svome telu "dosta" i da sanjam bilje,
prste, oči, sluh drugačije raspoređene
u šumi negoli u telu.








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En vain je l'éveille
Uzalud je budim



Je l’éveille à cause du soleil qui s’explique par les plantes
à cause du ciel tendu entre les doigts
je l’éveille à cause des mots qui brûlent la gorge
je l’aime avec les oreilles
il faut aller au bout du monde et trouver la rosée sur l’herbe
je l’éveille à cause des choses lointaines qui ressemblent à celles d’ici
à cause des gens qui sans front et sans nom passent dans la rue
à cause des mots anonymes des places je l’éveille
à cause des paysages manufacturés des parcs publics
je l’éveille à cause de notre planète qui peut-être sera une mine
dans un ciel ensanglanté
à cause du sourire dans la pierre des amis assoupis entre deux batailles
quand le ciel cessa d’être une grande cage pour les oiseaux et devint
un aérodrome
mon amour empli des autres fait partie de l’aurore
je l’éveille à cause de l’aurore à cause de l’amour à cause de moi à cause des autres
je l’éveille bien que ce soit plus vain que d’appeler l’oiseau
à jamais posé
elle a dû dire: qu’il me cherche et ne me trouve pas
cette femme aux bras d’enfant que j’aime
cet enfant qui s’est assoupi sans sécher les larmes que j’éveille
vain vain vain
en vain je l’éveille
car elle se réveillera différente et nouvelle
en vain je l’éveille
car sa bouche ne pourra la dire
en vain je l’éveille
tu sais l’eau passe mais ne dit rien
en vain je l’éveille
il faut promettre au nom perdu un visage dans le sable
et si je me trompe tranchez-moi les mains transformez-moi en pierre


Budim je zbog sunca koje objašnjava sebe biljkama
zbog neba razapetog između prstiju
budim je zbog reči koje peku grlo
volim je ušima
treba ići do kraja sveta i naći rosu na travi
budim je zbog dalekih stvari koje liče na ove ovde
zbog ljudi koji bez čela i imena prolaze ulicom
zbog anonimnih reči trgova budim je
zbog manufakturnih pejzaža javnih parkova
budim je zbog ove naše planete koja će možda
biti mina u raskrvavljenom nebu
zbog osmeha u kamenu drugova zaspalih između dve bitke
kada nebo nije bilo više veliki kavez za ptice nego aerodrom
moja ljubav puna drugih je deo zore
budim je zbog zore zbog ljubavi zbog sebe zbog drugih
budim je mada je to uzaludnije negoli dozivati pticu zauvek sletelu
sigurno je rekla: neka me traži i vidi da me nema
ta žena sa rukama deteta koju volim
to dete zaspalo ne obrisavši suze koje budim
uzalud uzalud uzalud
uzalud je budim
jer će se probuditi drukčija i nova
uzalud je budim
jer njena usta neće moći da joj kažu
uzalud je budim
ti znaš voda protiče ali ne kaže ništa
uzalud je budim
treba obećati izgubljenom imenu nečije lice u pesku
ako nije tako odsecite mi ruke i pretvorite me u kamen.








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Yougoslavie
Jugoslavija


Voilà comment elle est née le jour de sa nécessité

Tout ce qui n’a pas de feu en soi est consumé par le feu

Ce qui est consumé par le feu devient la nuit

Ce qui n’est pas consumé par le feu donne la naissance au jour

Il faut allumer tout ce qui peut brûler

Il faut démolir tout ce qui peut être démoli, tout ce qui n’est pas éternel

Il faut dans tout et après tout trouver l’espérance

Révolution, ce qui reste c’est l’homme

Ce qui passe c’est du passé

Le passé qui ne passe pas est l’avenir et la vigilance

Chaque chose, chaque homme est un détail de ton espérance

Voilà comment elle est née le jour de sa nécessité

Le rivage d’une Mer

L’étoile sur la Péninsule

Le cap de la Bonne Volonté

Bordée de l’infini

Elle conseille aux fruits l’amour et la raison

Dans des usines les gens mettent dans des boîtes de conserves le soleil

Qui apparaît des façons des plus diverses

Dans un fruit et dans une pierre également

Une fois doux, une autre fois brûlant

Il a maintenant tout ce qui est le sien

Au sud la Mer au nord les nuages

A l’est les cerises à l’ouest les oliveraies

Et les constellations au dessus de la Fruška, les strophes étoilées les plus belles

Dans la pierre et sur l’eau :

La grappe est le souvenir de leur position

Elle a son avenir et son passé à lui

Elle a son chemin et sa vérité à lui

Elle conseille aux fruits l’amour et la raison

Le rivage d’une Mer

L’étoile sur la Péninsule

Le cap de la Bonne Volonté

Bornée de l’infini

La sécheresse d’autrui empoisonnerait ses sources

Les déserts d’autrui calomnient son soleil et sa terre

Et elle sans pitié envers ce qui est réel, mais pas vrai, ne cesse pas à lutter

Le cœur de ses villes est un soleil blanc de tous les gens

Elle enseigne les villes à être les sœurs de la Grande Ville

Qui marie Šumadija et Zagorje l’un à l’autre et avec l’avenir

Chercheurs sous la terre, dans la mort, soldats et mineurs

Chercheurs dans l’air, chanteurs et Icares

Chercheurs sous l’eau, poètes de l’inconscient

Cherchez, trouvez, fouillez tous les trésors, toutes les possibilités et tous les noms à votre Sud

qui conseille aux fruits l’amour et la raison.


Evo kako je počela u dan svoje nužnosti
Sve što nema vatre u sebi sagori
što sagori postaje noć
što ne izgori rađa dan
Treba zapaliti sve što može da gori
Treba srušiti sve srušivo, sve što nije večno
Treba u svemu i posle svega pronaći nadu
Revolucijo ono što ostane je čovek
Ono što prođe je prošlost
Prošlost koja ne prođe je budućnost i budnost
Svaka stvar i svaki čovek je detalj tvoje nade
Eto tako je počela u dan svoje nužnosti
Obala jednome Moru
Zvezda na poluostrvu
Rt Dobre Volje
Oivičena beskrajem
Savetuje plodovima ljubav i razum
U fabrikama ljudi konzerviraju sunce
Koje se javlja na najrazličitije načine
U plodu i kamenu podjednako
Prvi put slatko drugi put vrelo
Sada ima sve što je njeno
Na jugu More na severu oblake
Na istoku trešnje na zapadu maslinjake
I sazvežđe nad Fruškom zvezdane strofe
najlepše
U kamenu i na vodi:
Grozd je uspomena na njihov raspored
Ima svoju budućnost i njenu prošlost
Ima svoj put i njegovu istinu
Savetuje plodovima ljubav i razum
Obala jednom Moru
Zvezde na Poluostrvu
Rt Dobre Volje
Oivičen beskrajem
Tuđa presahlost bi joj izvore otrovala
Tuđe pustinje klevetaju njeno sunce i zemlju
A ona bez milosti prema onome što je stvarno
Ali ne i istinito ne prestaje da se bori
Srce njenih gradova je belo sunce svih ljudi
Ona uči gradove da budu braća Velikome Gradu
Koji venčava Šumadiju i Zagorje
Međusobno i sa budnošću
Istraživači pod zemljom u smrti vojnici i
rudari
Istraživači u vazduhu pevači i ikari
Istraživači pod vodom pesnici nesvesnoga
Tražite nađite pretražite sva blaga
Sve mogućnosti i sva imena svom Jugu
Koji savetuje plodovima ljubav i razum.









 


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